Opinion: Mieux vaut rouler prudemment dans le bon sens que de prendre la mauvaise direction à toute vitesse
Pourquoi un cliquet inversé n'est pas la bonne solution
pour résoudre la crise énergétique actuelle
L'appel en faveur d'un système de cliquet inversé pour les prix de l'essence et du diesel résonne à nouveau, mais se heurte aujourd'hui à une réalité qui a fondamentalement changé. Alors que l'ère de la voiture diesel dominante touche à sa fin et que la Belgique compte désormais près d'un demi-million de voitures électriques, une baisse des accises risque de se transformer en une subvention aveugle et extrêmement coûteuse pour les combustibles fossiles.
Au lieu de nous préparer pour l'avenir, cette mesure freine la transition énergétique en cours, risque d'entraîner un lourd coût budgétaire pour les finances publiques et pénalise précisément les citoyens et les entreprises qui ont déjà franchi le pas vers la mobilité durable.
Le débat autour d’un système de cliquet inversé sur les prix de l’essence et du diesel refait surface. C’est compréhensible en période de hausse et d’incertitude des prix de l’énergie. Mais c’est précisément pour cette raison qu’il est essentiel de poser une question fondamentale : quel problème cherchons-nous encore à résoudre aujourd’hui ? Car le contexte a profondément changé depuis les crises énergétiques des 70 dernières années (1956, 1973, 1979, 1990, 2003 et 2022).
Un nouveau contexte
Un système de cliquet inversé signifie, en substance, que l’État intervient lorsque les prix des carburants augmentent. Moins d’accises donc, autrement dit une subvention indirecte aux carburants fossiles et à une mobilité polluante. Et ce, au moment même où nous cherchons à réduire cette dépendance géopolitique. Parallèlement, l’électricité est devenue une source d’énergie de plus en plus dominante dans tous les domaines de la société, et la mobilité électrique a largement résolu la plupart de ses préjugés.
Les voitures diesel, par exemple, étaient autrefois dominantes, mais ne le sont plus aujourd’hui. Alors qu’elles représentaient autrefois 70 à 80 % des nouvelles ventes, leur part est tombée à environ 3% des nouvelles immatriculations en 2025. Dans le parc total, il circule encore environ 1,5 à 1,6 million de véhicules diesel, soit environ un quart du parc. Ce n’est pas négligeable, mais il s’agit clairement d’un segment en déclin.
Sur le plan politique, cette orientation a d’ailleurs été explicitement choisie. Le zéro émission n’est plus une niche, mais une norme en devenir. La Belgique compte aujourd’hui près d’un demi-million de véhicules électriques, un chiffre en croissance rapide. Et pourtant, nous envisageons précisément maintenant de soutenir à nouveau des véhicules fossiles polluants.
Qui veut-on soutenir ?
Cherche-t-on à soutenir un groupe ayant temporairement besoin de protection, ou à maintenir artificiellement un système qui deviendra obsolète dans quelques années ? Les politiques publiques devraient accompagner l’avenir, pas prolonger le passé. Par ailleurs, de sérieuses questions se posent quant à l’impact budgétaire d’une telle mesure. Les accises sur les carburants rapportent aujourd’hui plusieurs milliards d’euros par an à l’État belge. Toute réduction de ces recettes entraîne donc un coût budgétaire direct. Dans un pays où les marges budgétaires sont déjà très limitées, ce n’est pas un détail. La question est inévitable : qui paie la différence ? La réponse est malheureusement simple : tout le monde.
Y compris le groupe croissant de près de 500 000 conducteurs de véhicules électriques en Belgique. Des citoyens et des entreprises qui ont déjà investi dans la transition, adapté(e)s leurs comportements et contribuent positivement aux objectifs politiques. Ils financeraient ainsi une mesure qui rend la conduite fossile moins chère. Et pour soutenir ceux qui n’ont pas encore pu effectuer la transition, il reste encore moins de moyens. Pour EV Belgium, cela n’est pas défendable.
Pourquoi un cliquet inversé est contre-productif
D’abord, cela crée une incitation perverse : ceux qui ont fait la transition supportent les coûts, tandis que ceux qui ne font rien sont récompensés. Cela fragilise non seulement l’adhésion à la transition, mais aussi la crédibilité des politiques publiques.
Ensuite, c’est économiquement contre-productif. Les prix élevés des carburants constituent un moteur essentiel du changement. Ils accélèrent la transition vers des alternatives plus efficaces et plus propres. En atténuant ce signal-prix, on ralentit cette dynamique et on prolonge notre dépendance aux énergies fossiles importées. La transition énergétique ne concerne pas uniquement le climat, mais aussi l’autonomie stratégique, réduire notre dépendance aux importations de pétrole tout en renforçant la production d’énergie locale. L’électrification s’inscrit pleinement dans cette logique, contrairement aux subventions aux énergies fossiles.
Besoin de cohérence
Le choix qui s’offre à nous est en réalité simple : voulons-nous accompagner la transition en misant sur l’innovation et l’indépendance énergétique comme piliers de notre mobilité future, ou voulons-nous la ralentir inutilement ? Un système de cliquet inversé peut sembler être une solution rapide, mais à long terme, il nous rend inutilement plus dépendants des combustibles fossiles importés.
Parfois, ralentir est un choix intelligent. Surtout lorsque la direction alternative nous mène dans une impasse.