Opinion : 15 milliards de subventions fossiles — le plan de réforme est prêt, reste à l'exécuter

Opinion : 15 milliards de subventions fossiles — le plan de réforme est prêt, reste à l'exécuter

De nouveaux chiffres de De Tijd(1) et du gouvernement fédéral montrent qu'en 2024, la Belgique a encore accordé 15,2 milliards d'euros de soutien aux combustibles fossiles. L'accord de gouvernement lui-même promet une sortie progressive — et un rapport européen montre pourquoi le temps presse.

Le gouvernement fédéral l'a lui-même à nouveau noté noir sur blanc : en 2024, la Belgique a accordé 15,2 milliards d'euros de soutien public à l'utilisation des combustibles fossiles1. Il s'agit d'une baisse par rapport au pic de 17,5 milliards d'euros enregistré pendant la crise énergétique, mais celle-ci s'explique surtout par la baisse des prix de l'énergie et par une consommation moindre — non par un choix de politique structurelle, soulignent les chercheurs eux-mêmes6.

Cette somme regroupe des mesures très diverses : 8,9 milliards d'euros de tarifs d'accises avantageux pour les ménages et les entreprises, 862 millions d'euros de réduction de TVA sur l'électricité et le gaz pour les ménages, 831 millions d'euros de remboursement d'accises sur le diesel professionnel, 662 millions d'euros de cartes carburant, et 3,1 milliards d'euros d'avantage fiscal sur les voitures de société. Les chercheurs reconnaissent eux-mêmes que la méthodologie — avec l'essence sans plomb comme point de référence — est en partie arbitraire.

L'avantage fiscal sur les voitures de société est comptabilisé dans ce total comme une subvention fossile, mais il a en pratique été le moteur du succès de l'électrique en Belgique : ce sont les voitures de société qui expliquent pourquoi plus d'une nouvelle voiture sur trois est aujourd'hui électrique. Démanteler ce régime trop rapidement ralentirait la transition, au lieu de l'accélérer. Le véritable poids fossile se trouve ailleurs : dans les cartes carburant, le remboursement du diesel professionnel et le large éventail d'avantages sur les accises — qui représentent ensemble plus de 10 milliards d'euros continuant inutilement à alimenter la consommation fossile.

La bonne nouvelle, c'est que le gouvernement le reconnaît lui-même. L'accord de gouvernement fédéral2 du gouvernement De Wever promet explicitement de supprimer progressivement les subventions fossiles « là où c'est possible », de réduire les restitutions d'accises sur le diesel professionnel, et d'examiner un tax shift sur les produits énergétiques devant favoriser l'électricité par rapport aux combustibles fossiles — exactement ce que recommandent3 le Bureau fédéral du Plan et la Commission européenne4. Le SPF Finances travaille actuellement, dans le cadre d'une « spending review » en cours, à des propositions de réforme chiffrées à l'intention du gouvernement ; les résultats sont attendus à l'automne. Cette urgence ne se limite pas aux voitures particulières : pour les poids lourds, la Belgique accuse déjà un retard mesurable sur ses pays voisins — fin 2025, à peine 508 camions électriques y circulaient, contre plus de 10 000 en Allemagne et plus de 2 000 aux Pays-Bas. Pour un carrefour logistique et un pays de transit comme la Belgique, doté de l'un des plus grands ports maritimes d'Europe, il s'agit d'un risque économique réel : si le cadre fiscal et tarifaire prend du retard, les entreprises logistiques belges risquent de perdre des parts de marché au profit de leurs voisins dès que la demande basculera vers une logistique zéro émission.

Pourquoi ce calendrier compte précisément aujourd'hui, un autre rapport(5) paru cette semaine le montre. E-Mobility Europe et le think tank énergétique Ember calculent, dans « From Oil Dependence to Electric Security », que le transport routier représente deux tiers de la demande pétrolière européenne5, et que les cent premiers jours du dernier conflit au Moyen-Orient ont, à eux seuls, coûté 37 milliards d'euros supplémentaires à l'UE en importations fossiles. Selon le rapport, les véhicules électriques constituent « le levier le plus puissant de l'Europe » face à cette vulnérabilité : rien qu'en 2025, ils ont déjà évité plus de 4 milliards d'euros d'importations de pétrole, un montant qui pourrait atteindre 12 milliards d'euros par an d'ici 2030.

EV Belgium demande au gouvernement fédéral d'accélérer, lors de ces discussions budgétaires, le tax shift promis du fossile vers l'électrique, de mettre en œuvre la suppression déjà annoncée de la restitution d'accises sur le diesel professionnel, et de maintenir en parallèle le cadre fiscal des voitures de société, car celui-ci offre déjà aujourd'hui ce que le reste de la politique doit encore concrétiser : un parc automobile électrique alimenté par une énergie produite chez nous.

Source du graphique : Klimaat.be. (2 juillet 2026). Cinquième inventaire fédéral des subventions aux combustibles fossiles. https://klimaat.be/news/2026/5de-federale-inventaris-van-subsidies-voor-fossiele-brandstoffen

Sources:
1. De Tijd, “Overheid identificeert voor 15 miljard euro ‘subsidies’ aan fossiele brandstoffen”, 2 juli 2026 (cijfers FOD Financiën en FOD Volksgezondheid).
2. Federaal regeerakkoord 2025 (hoofdstukken Fiscaliteit/Klimaat & Energie, o.a. p. 37 en p. 86).
3. Bureau fédéral du Plan. (2026, June 2). Plus de 250 mesures pour améliorer la situation budgétaire. https://www.plan.be/fr/publications/plus-de-250-mesures-pour-ameliorer-la-situation
4. European Commission. (20 26, June 3). Country report - Belgium. Economy and Finance. https://economy-finance.ec.europa.eu/economic-surveillance-eu-member-states/country-pages-including-country-reports/country-report-belgium_en
5. https://www.emobilityeurope.org/wp-content/uploads/2026/06/From-Oil-Dependence-to-Electric-Security.pdf 
6. Klimaat.be. (2026, July 2). Vijfde federale inventaris van subsidies voor fossiele brandstoffen. https://klimaat.be/news/2026/5de-federale-inventaris-van-subsidies-voor-fossiele-brandstoffen